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Posté le Mercredi 30 juin 2010 @ 11:28:06 par maurice Contribution de : maurice |
La coresponsabilité dans l’Eglise, utopie ou réalité ? Recension de Jean Rigal
 | Sous la
direction de Olivier Bobineau et Jean
Guyon Vient de paraître, aux éditions
Desclée de Brouwer, un
ouvrage important sur la coresponsabilité dans l’Eglise. Le thème n’est
pas nouveau, mais il a pris une telle ampleur, au cours des dernières
décennies, qu’il est devenu un mot d’ordre adressé à la communauté
catholique, et pas seulement en France. Ce livre reprend le riche
enseignement d’un Colloque organisé par la Communauté Saint-Luc de
Marseille, en janvier 2009. Il comporte trois parties, profondément
reliées entre elles. La 1ère partie est le fruit de trois regards
différents et complémentaires : une approche sociologique que l’on doit à
Olivier Bobineau, maître de conférences à l’Institut catholique de
Paris et à Sciences-Po ; une approche théologique d’Alphonse Borras,
professeur à l’Université catholique de Louvain et vicaire général de
Liège ; une approche psychosociologique de Vincent Hanssens, professeur
émérite de l’Université catholique de Louvain. La sociologie (1er
volet) ne peut ignorer l’histoire. La gouvernance paroissiale émerge
progressivement à partir du 12ème siècle dans l’Eglise d’Occident. On
peut dater de cette époque « la naissance du curé », une fonction qui
trouvera des fondements plus affirmés avec le concile de Trente, au
16ème siècle. Le curé devient le « médiateur » entre les fidèles et
Dieu, chargé de la Parole, des sacrements et de l’action pastorale.
L’héritage tridentin va durer durant des siècles jusqu’à l’apparition
claire d’une société sécularisée dans les années d’après-guerre. La
dimension missionnaire prend du relief. La paroisse est composée de tous
ceux qui l’habitent, qu’ils soient ou non en lien avec l’Eglise.
Communauté missionnaire et coresponsabilité trouvent leur essor avec le
concile Vatican II. C’est à partir des années 1990, que l’on va
assister, du moins en France, à de véritables modelages paroissiaux. La
pénurie des prêtres, avant tout, les favorise. D’autre part,
l’aménagement des paroisses reçoit un support canonique important avec
le Code de 1983 : La paroisse n’est plus définie d’abord comme un
territoire mais « comme la communauté précise des fidèles » et « dont
la charge pastorale est confiée au curé ». Bref, la paroisse est
conçue « comme un pôle de fidèles, territorialisée le plus souvent,
ouvert à la mobilité géographique et sociale des croyants ». (page37).
L’enracinement de ces ouvertures dans l’enseignement de Vatican II est
manifeste. Ces déplacements sont portés par de nouvelles structures,
essentiellement le conseil pastoral, le conseil des affaires économiques
(rendu obligatoire par le Droit canon) et les équipes pastorales, sorte
d’organe exécutif. Il va de soi que tout ceci entraîne une évolution du
rôle du curé et plus largement de tous ceux qui exercent une
responsabilité pastorale : les diacres, les laïcs salariés, les laïcs
investis dans les structures paroissiales (conseil pastoral, conseil des
affaires économiques, équipe pastorale). Le sociologue ne manque pas
de souligner que « la coresponsabilité paroissiale est traversée par
les tensions de la modernité : « autonomisation du croyant mais en même
temps valorisation de son engagement, croire dérégulé et régulation
institutionnelle, déterritorialisation et reterritorialisation des
fidèles ». (p.61). | | Les enjeux théologiques et institutionnels
(2ème volet) sont relevés par A. Borras. Le fondement majeur de la
coresponsabilité est le Baptême, et non les circonstances qui, bien
évidemment, le favorisent comme la pénurie des prêtres ou les évolutions
démographiques. C’est au titre du baptême que les chrétiens prennent
part à la triple fonction prophétique, sacerdotale et royale du Christ
et du corps ecclésial. Ces charges sont aussi des responsabilités.
« Elles sont autant de l’ordre de l’être que du faire ».(p.73). Et la
responsabilité missionnaire ne s’ajoute pas à l’incorporation
missionnaire, elle lui est inhérente. Toutefois, le mot
« coresponsabilité » met en relief la responsabilité de tous mais il ne
dit pas en quoi chacun est responsable. (p.77). D’autre part, le terme
n’est-il pas utopique, au sens courant mais restreint de « promesse non
tenue », ce qui ne signifie pas qu’il faut l’exclure, car il est
exhortatif et mobilisateur. Il importe plutôt de mesurer les limites de
son utilisation. (p.78). Le théologien développe le contenu de la notion
de « communion » comme participation solidaire à une charge, mais à la
condition qu’elle soit conjuguée avec le concept de « synodalité »,
c’est-à-dire avec un « marcher » ensemble et chacun selon son rythme ».
p.(83).
En fait, on ne
peut parler de coresponsabilité qu’au sens de
coresponsabilité différenciée. Après avoir relevé la primauté de la
communauté sur la diversité de ses membres, vient la nécessité de
préciser le ministère du prêtre : « Le curé n’est plus au centre, les
laïcs tournant autour de lui. C’est désormais le prêtre qui « tourne »
allant de l’une à l’autre communauté locale » (p.87). Le troisième
volet est d’ordre psychosociologique. On souhaiterait que beaucoup de
chrétiens prennent connaissance de ces principes majeurs concernant
l’exercice concret de la coresponsabilité dans l’Eglise. Les
observations de Vincent Hanssens se montrent très précieuses à cet
égard. Par exemple, qu’est- ce qui préside à la délégation des
pouvoirs ? Ou encore, quelles sont les attitudes requises pour une
coresponsabilité réellement vécue ? Considérer les différences d’opinion
comme des éléments positifs. Mais alors comment gérer les conflits ?
Que penser des compromis ? Rester préoccupé du problème et ne pas
s’engager trop rapidement dans un processus de solution. « Il ne s’agit
plus d’une relation de dépendance des laïcs par rapport aux clercs, mais
d’interdépendance ». (p. 111).
La 2ème
partie de l’ouvrage
est une sorte « d’étude de cas » ou de témoignages concrets. Il est
impossible d’en faire une présentation exhaustive, mais on peut relever
des convergences. Transparaît d’abord un « esprit » proche de celui des
communautés locales de Poitiers. La participation des laïcs ne relève
pas d’abord d’exigences d’ordre pratique mais d’une commune
responsabilité fondée sur le baptême. Celle –ci s’exprime par des
instances diverses de fonctionnement et d’animation. Un projet stimulant
oriente les efforts et les échanges. On parle volontiers d’une
« pastorale du seuil ». Les appartenances à la communauté sont parfois
très floues : de l’engagement fervent aux différentes formes
d’incroyance. La liberté de choix devient un facteur déterminant. Le
rôle du prêtre apparaît comme le signe de l’identité de l’Eglise « qui
se reçoit du Christ ».
La 3ème partie du
livre est le fruit
d’une « table ronde » où s’expriment « les experts » et l’ensemble des
participants du Colloque. L’exercice du pouvoir reste une question
essentielle, notamment dans la relation « prêtres-laïcs » mais pas
uniquement. Néanmoins, la vie ecclésiale dépasse cette dimension
institutionnelle. Elle « est ordonnée autour de deux pôles : l’un
institutionnel, bien sûr, et l’autre pneumatique. Si elle n’est
qu’institution, elle est vouée à la mort, faute de souffle ». (p. 202).
La formation des chrétiens en responsabilité reste essentielle, mais
elle doit rester ouverte, c’est-à-dire « tout le contraire du
formatage ».Il importe aussi de prendre le temps du dialogue, sans
passer trop vite à des recherche de solution. Ce
livre est surtout
attentif aux réalités urbaines, et il s’intéresse essentiellement à
l’exercice de la coresponsabilité dans les communautés paroissiales qui
deviennent, de plus en plus, des ensembles de communautés locales,
notamment en rural. Ce point appellerait d’autres réflexions. L’ouvrage
n’a pas la prétention –heureusement- de couvrir l’immense et complexe
question de la coresponsabilité en Eglise. Bien sûr, il n’aborde pas
directement des thèmes plus fondamentaux qui affectent désormais
profondément les communautés chrétiennes, tel le statut de la foi dans
la société sécularisée et les nouvelles cultures. Un livre ne peut tout
dire. Cet ouvrage ne donne pas des solutions en
forme de recettes. Il
souligne les évolutions. Il affronte, sans détour, les inévitables
difficultés que « l’ on retrouve dans tout
groupe humain »,comme le
fait remarquer Bruno Duriez, directeur de recherche au C.N.R.S. Bref,
c’est un livre stimulant. Il sera éclairant pour un grand nombre de
chrétiens –clercs et laïcs- en responsabilité. Jean
RIGAL théologien
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