Posté le Jeudi 15 juillet 2010 @ 09:12:39 par redac-chef Contribution de : redac-chef
Prêtre-Ouvrier pour le service de l'Evangile
« Le P. Joël Chérief pointe et se prépare à consacrer sa
soirée à l’Église ». Je réagis à cette phrase que vous avez mis sous la photo
de J. Chérief (La Croix du 31 mai)
Ordonné prêtre le 11 août 1974 pendant mes congés
payés, j’ai toujours exercé mon ministère de prêtre-ouvrier comme manœuvre dans
une entreprise de BTP. Actuellement en retraite professionnelle je suis au
service du collectif des prêtres-ouvriers (environ 400).
Prêtres-ouvriers envoyés par l’Église nous vivons notre
ministère sur le lieu même de notre travail. Notre « être avec » exige de notre
part un engagement à vivre les mêmes conditions de travail, souvent dans des
métiers manuels, au bas de l’échelle sociale.
Ce lieu de travail (usine, atelier, chantier…), c’est notre
Église. Dans ce lieu humain où l’homme se construit mais aussi parfois se
détruit, nous rencontrons des femmes des hommes qui souffrent, qui luttent, qui
espèrent et vivent de fortes solidarités.
Notre présence quotidienne avec eux signifie que leur vie a
du prix aux yeux de Dieu ; qu’eux aussi sont appelés au bonheur ; que la Bonne
Nouvelle s’adresse en priorité à eux ; qu’ils sont invités à entrer, eux aussi,
dans la « salle du festin ».
La vie de ces femmes, de ces hommes, mérite un grand
respect ; ne sont-ils pas créés à l’image de Dieu ; mais quand ces visages sont
blessés, déchirés, défigurés, l’évangile nous presse de nous unir à d’autres et
de rejoindre des organisations pour faire respecter la dignité de ces vies,
pour restaurer la beauté de ces visages.
À une époque où l’homme au travail ne compte plus, où il
est le plus souvent sacrifié sur l’autel du profit, comment pourrions-nous être
absents de ces luttes qui ont pour finalité de « guérir » les blessés de la
vie, de les remettre debout à la suite de Jésus de Nazareth ?
Ces heures passées au pied de la machine, dans la boue des
chantiers, ou encore dans les manifestations de solidarité sont elles aussi «
consacrées à l’Église », à une Église appelée à se décentrer, à se déplacer, «
à passer sur l’autre rive », à aller en Galilée, car c’est là qu’il nous
précède (cf Marc 16/17) ; une Église invitée à entendre les appels
comme Paul : « passe en Macédoine, viens à notre secours » (Act. 16/9).
Notre prière, même si cet aspect de notre vie peut paraître
trop discret, est reliée à celle de l’Église ; nos eucharisties célébrées
parfois seul ou en petites équipes sont peuplées de tous ces visages rencontrés
; la « prière du temps présent » devient des psaumes d’aujourd’hui réécrits à
partir de situations concrètes.
C’est dès le matin, en sortant de chez lui, pour rejoindre
son lieu de travail, que le prêtre-ouvrier consacre sa vie à l’Église pour le
service de l’évangile.
Antoine Brethomé, secrétaire de l’équipe nationale des
prêtres-ouvriers